| AU PROGRAMME CE MOIS-CI : • CORTÈGE DE TÊTE : Plaidoyer pour penser les technologies depuis la gauche • DANS LA FRANCE À MACRON : Les errances confusionnistes de l'influenceur anti-tech Léo Commune • LES FAUSSAIRES DE L'ÉCOLOGIE : Du business vert aux sphères complotistes : la dérive de Kokopelli • L'ANTIDOTE : Comment le Mouvement Colibris retrouve le nord • 🖕/ 5 : Alsetex, Romane vous a laissé un avis Google sur vos gaz lacrymogènes • ON VALIDE / ON SABOTE : Le meilleur et le pire des dernières semaines • ZONE À DÉTENDRE : Poutou ou Sarkozy ? | |  | Brouillard vert
Kokopelli défend depuis les années 1990 le droit de planter librement des graines bios, hors de l’agro-industrie semencière. Léo Commune fait découvrir la critique de la technique à 173.000 abonnés. L’association, tout comme l’influenceur, pose de vraies questions : qui contrôle ce que l’on sème, ce que l’on extrait, ce que l’on consomme ? Et tous deux se perdent en chemin. Le directeur de Kokopelli, Ananda Guillet, répond au micro de chaînes complotistes, faute, dit-il, d’être invité ailleurs. Léo Commune, lui, pousse la critique de l’industrie jusqu’à prôner un retour à la médecine traditionnelle, qui laisserait sur le bas-côté les plus vulnérables d’entre nous.
Leurs idées et postures troublent, jusqu'à empêcher l'analyse rationnelle et objective des faits. Ces glissements ont un nom : le confusionnisme. Ces militants fabriquent — malgré eux ? Par manque d'intérêt pour les luttes antifascistes et intersectionnelles ? — des évidences que l’extrême droite n’a plus qu’à cueillir. L’écologie y est particulièrement exposée, car les mêmes mots peuvent servir des projets opposés : « produire local » peut nourrir la souveraineté alimentaire comme la peur de l’étranger. Critiquer la technique peut viser la multiplication à outrance et non nécessaire de data centers, comme les progrès médicaux permis par la technologie — IRM, radiologie, PMA, chimiothérapie...
Faut-il pour autant renoncer à la technocritique ? Non, nous répond le sociologue Irénée Régnauld, qui plaide pour une critique des technologies ancrée à gauche, pensée depuis celles et ceux que le fascisme vise en premier. Et la confusion n’est pas une fatalité : confronté à la dérive d’un ancien membre vers la galaxie Soral, le Mouvement Colibris a choisi de se former plutôt que mettre des œillères. L’écologie n’est pas de gauche par nature mais par choix. À six mois d’une élection présidentielle où le Rassemblement national (RN) vante son « écologie du bon sens », il ne s’agit pas de traquer les impurs, mais de garder une boussole. À Fracas, nous avons choisi notre camp : une écologie révolutionnaire, populaire et antifasciste.
Bonne lecture, Isma Le Dantec |
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| |  | PLAIDOYER DU SOCIOLOGUE IRÉNÉE RÉGNAULD POUR UNE TECH ANTIFASCISTE |  | | | Avec un amendement obtenu par le gouvernement, « on pourra bloquer un contenu sur les réseaux sociaux dans l’heure si c’est un appel à l’insurrection », a expliqué le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, sur RTL le 27 octobre. Le prolongement d’un texte existant pour le terrorisme, la pédocriminalité ou le trafic de drogue, a-t-il développé. Une « dérive autoritaire », s’est insurgée la gauche sénatoriale, vent debout. Le sociologue Irénée Régnauld parle lui d’une spécificité française, une « tradition technosécuritaire bien ancrée » :
« Depuis 30 ans, le tri social, la chasse aux pauvres, la chasse islamophobe dans les quartiers ont précédé les technologies dans lesquelles ces politiques se sont inscrites : Parcoursup, vidéosurveillance, algorithmes de la CAF… »
Dans son livre, La Sommation technologique, il constate que si la tech se rapproche de l’extrême droite aux États-Unis — Elon Musk et son salut nazi étant sûrement l'exemple le plus marquant —, le danger vient moins des milliardaires que de l’État en France. Pourtant, la technologie n’est pas fasciste par nature. D’où la question qui traverse cet entretien : comment la gauche peut-elle reprendre la main ?
✍️ Isma Le Dantec Un entretien à lire sur StreetPress. | | |
| | Pour fêter le (re)lancement de Fracas et la sortie de cette newsletter, on vous invite à la Gaîté Lyrique ce 4 novembre à 19 heures. Pour s'inscrire c'est ici. Le temps d’une table ronde, on donnera la parole à celles et ceux qui bâtissent une écologie droite dans ses bottes : Samuel Chabré, qui tisse au sein des Soulèvements de la Terre le lien avec le monde paysan ; Vipulan Puvaneswaran, militant écolo-décolonial investi au sein du collectif Génération panasiatique ; et Natacha Marbot, journaliste membre du collectif Enketo — son enquête sur Kokopelli est à lire juste en dessous ! | |
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| | |  | LES ANTI-TECH DE LA GEN Z NOUS CONFUSENT | | | La décroissance, mais jusqu'où ? Avec sa douce voix et sa cabane dans les bois, le militant Léo Commune prône une écologie révolutionnaire et anti-tech : pas question d'encadrer les technologies, il faut démanteler le système industriel dans son ensemble — quitte à le saboter. L’influenceur suivi par 173.000 d'abonnés n’est pas à une contradiction près : dans des vidéos courtes publiées sur Instagram, il rabote des bouts de bois des fois, déroule la chaîne de dépendances de la France d'autres fois — exemple, pour fonctionner, un hôpital a besoin de machines, donc d’électricité, donc de centrales nucléaires, de mines...
« Sauver des vies, c’est cool », concède-t-il, mais à terme il faudrait « retourner vers une médecine traditionnelle pour qu’on puisse se soigner entre nous ». Fini les IRM, les antibiotiques et les vaccins ?
Ces discours sur la santé ou d'autres sur le féminisme inquiètent à gauche. Rien, chez Léo Commune, n’est frontalement réactionnaire. C'est exactement ce qu'on appelle le confusionnisme. L’essayiste Pierre Madelin, auteur de La Tentation écofasciste, le définit comme une « formation discursive » qui, « sans que telle soit nécessairement l’intention des groupes qui la portent, crée une porosité et des évidences partagées avec des discours conservateurs de droite dure ou d’extrême droite ». Autrement dit, des idées de gauche radicale finissent, à force de raccourcis, par rejoindre celles des plus réactionnaires.
✍️ Romane Lizée et Isma Le Dantec Un article à retrouver sur le site de StreetPress. | | |
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| | |  | LA LUTTE OUI, MAIS PAS AVEC DES FACHOS ! | | | Ananda Guillet s'est auto-surnommé « l’écolo à bouclettes ». Sympathique, doux, celui qui passe facilement au tutoiement se dit ravi d'être invité à discuter. « C’est tout ce que je souhaite avec tout le mal qu'on dit de Kokopelli. » Pionnière dans la lutte contre les grands semenciers industriels, l'association vend des graines aux particuliers et œuvre à faire changer le cadre législatif au niveau national et européen. Si Kokopelli a le vent en poupe dans l'écosystème écolo alter et agricole, elle est bannie des cercles les plus radicaux de la lutte écologiste et antifasciste, accusée de flirter avec l'extrême droite et des théories complotistes. « Le combat que je porte trouve ses valeurs dans la gauche », se défend catégoriquement l'intéressé, semble-t-il dans l'incompréhension.
Ananda Guillet s'affiche pourtant dans des médias soraliens, affiche une proximité avec des personnages controversés comme Pierre-Guillaume Mercadal — figure de l’extrême droite du milieu agricole, ancien membre de la Coordination rurale — et traîne les casseroles de son père, Dominique Guillet, dont les écrits défient les qualificatifs — racistes, antisémites, homophobes et franchement délirants. « La bascule fasciste et raciste est la limite : il faut se débarrasser de ces personnes dans nos camps », commente Samuel Chabré, membre de la coordination agricole des Soulèvements de la Terre et d’Atelier paysan, qui regrette le manque de transmission politique dans la ruralité.
Le directeur de Kokopelli nous met face à l'une des questions centrales du militantisme écolo contemporain : que faire des confus ?
✍️ Natacha Marbot Une enquête à lire ici. | | |
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| | |  | LE JOUR OÙ STREETPRESS A RENCONTRÉ LE MOUVEMENT COLIBRIS | | | Dans un café parisien, 2023. « Un ancien de chez nous fricote avec la galaxie Soral », balance fébrile Isabelle Gentilhomme. La coordinatrice générale du Mouvement Colibris — association fondée sur l’action citoyenne pour l’émergence d’une société écologique et solidaire — avoue : « Moi, je n’y connais rien ! » En face, Mathieu Molard, co-rédacteur en chef de StreetPress, la laisse dérouler. Ils ne se connaissent pas, mais Isabelle a eu vent de son travail sur les milieux d’extrême droite — il est auteur de quatre livres sur la question, dont notamment Le Système Soral, enquête sur un facho business (2015).
Lorsqu’elle lâche le nom de Louis Fouché, l’enquêteur situe immédiatement : fort de son statut de médecin anesthésiste-réanimateur, le bonhomme est devenu une figure majeure du mouvement anti-vax pendant la pandémie de Covid-19. Il « convainc les foules et inquiète les spécialistes des dérives sectaires », écrit Le Monde en 2021. « Il défend ses idées radicales, complotistes, et propage parfois des contre-vérités sur la crise sanitaire », explique Mediapart. Visé par une plainte du Conseil national de l'Ordre des médecins la même année, Fouché a été condamné à trois mois d’interdiction d’exercer la médecine.
Isabelle raconte qu’il a été membre du Mouvement Colibris, et que sa dérive en influence plus d’un. Après plusieurs mois de sidération, ils ont décidé d’agir. « Deux choix s'offrent à toi », conclut-elle : « Utiliser toutes ces infos pour un papier et signer la fin de notre organisation. Ou nous aider ».
« Ils ont eu la volonté sincère de prendre à bras-le-corps un problème en interne. Ça m’a plu », raconte Mathieu Molard.
Ensemble — et surtout avec des militants du Mouvement Colibris et des chercheurs — ils ont monté des formations, débunké les idées complotistes et reposé leurs valeurs : contre l’extrême droite et les pensées ésotériques, pour réaffirmer les faits scientifiques. Le comité de pilotage du Mouvement Colibris s'est formé à l'histoire et aux idées véhiculées par les sphères d'extrême droite. L'occasion de réfléchir à leurs fondations et à leur matrice politique actuelle. Forts de cette expérience — toujours en cours — ils proposent ces ateliers et partagent leurs réflexions avec d’autres structures de l’écosystème écolo. Pour, l’espèrent-ils, imposer un cordon sanitaire dans leurs luttes.
✍️ Inès Belgacem | | |
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| | |  | ENVIE DE VOUS (EN)FUMER MOI AUSSI !!! | 🔴 Romane Lizée | | Alsetex = business de l’empoisonnement au gaz lacrymogène.
À toutes les manifs je crache mes poumons, j’ai les yeux en feu et envie de gerber. Des amies ont aussi constaté des perturbations menstruelles (cf les études états-uniennes qui sont sorties sur le sujet et le collectif Lacrymos de sang qui a recueilli 750 témoignages). Pendant les émeutes de 2018-2019, des scientifiques au Chili ont même prouvé que les enfants et personnes âgées peuvent développer des problèmes respiratoires à long terme.
Donc maybe piste à creuser pour améliorer le SAV : fournir, pour chaque lacrymo vendue aux forces de l’ordre, un masque FFP3 et des lunettes de piscine à un.e manifestant.e. Ou faut vous enfermer dans votre usine de la Sarthe pendant une semaine à respirer ça pour que vous captiez ??
Conseil pour celleux qui n’ont pas de protection : respirez par la bouche. Et sinon il y a des gens très habiles en manif qui plongent les bombes dans un sac rempli d’eau pour les éteindre. Plutôt efficace.
Je parle pas du fait qu’une grenade assourdissante d’Alsetex a arraché la main d’un lycéen le 5 octobre à Lens.
Prenez soin de vous et vive la liberté de manifester ! |
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| | |  | 🎨 🔥 BISMILLAH C'EST LES ARCHIVES | | | Luffy en tête de cortège, battles d’aura face aux CRS, « Tasty Crousty antifascisti » à pleins poumons : la révolte a un humour aussi affûté qu'est la colère. Pendant que les chaînes d’info zooment sur les bris de vitrines, Anne-Louise Nègre, militante et co-créatrice de la carte des stratégies de Fracas, a lancé l’Atlas des manifs : une archive contributive des pancartes, chants et tactiques du mouvement. À vos slogans, c'est pour les livres d'histoire de nos enfants ! | | |
| 📚 🧪 CAMILLE CONTRE LES PFAS | | | Deux ans d’enquête, des riverains de l’usine Chemours de Dordrecht aux lanceurs d’alerte : dans Facteur X (Les Arènes), l’activiste écologiste Camille Étienne remonte la piste des PFAS et de l’industrie chimique. Elle lance aussi Projet NK, une association d’enquête sur la santé environnementale, bien décidée à continuer de mettre le sujet sur la table. | | |
| 🇷🇸 🗳️ ÉLUS PLUS DIPLÔMÉS ! | | | Ils l’ont fait ! En Serbie, la Liste étudiante a balayé les législatives le 25 octobre : 52 % des voix contre 39 % pour le parti de l’autocrate Aleksandar Vučić, contraint de reconnaître sa défaite. Tout est parti de l’effondrement de l’auvent de la gare de Novi Sad, qui avait tué seize personnes en 2024. Pendant deux ans, les étudiant·es ont exigé justice et vérité sur la corruption derrière ce drame, en battant le pavé puis faisant campagne. Résultat : une participation record de 69 %, une majorité absolue et des rues en liesse jusque tard dans la nuit. Les étudiant·es devraient désormais former le prochain gouvernement. | | |
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| |  | 🧪 🌽 PESTICIDES : RECORD PULVÉRISÉ | | | La France interdirait trop de pesticides, martèle la FNSEA, principal syndicat agricole français. En réalité, d’après une enquête du média Vert, elle est championne d’Europe des dérogations d’urgence : 137 en 2025, déjà plus de 150 en 2026. Des produits recalés par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) ou bannis de l’Union Européenne, comme Movento de Bayer, repassent ainsi par la petite porte. L’« urgence » est devenue une habitude et des eurodéputés de droite et d’extrême droite veulent la graver dans le marbre en autorisant des dérogations renouvelables pendant cinq ans. | | |
| | | | Dépasser 1,5 °C de réchauffement, même temporairement, endommage de façon irréversible les glaces de la planète, alertent deux rapports de l’Icci et du Programme des Nations unies pour l’environnement, publiés le 2 novembre. Conséquence : une hausse du niveau des mers de plusieurs mètres sur les siècles à venir, des pénuries d’eau dans les régions dépendantes des glaciers, des massifs déstabilisés... Les premiers drames surviennent déjà : au Népal, l’effondrement du Langtang Lirung a fait 1.403 morts et 6.150 disparus, fin août. Avant qu'il ne soit trop tard, les émissions mondiales doivent baisser d’au moins 5 % par an. | | |
| | | | Le mois prochain, la Turquie accueille la COP31. En attendant, elle envoie les écolos au cachot. Avant le sommet de l’OTAN en juillet, 225 personnes ont été arrêtées pour « appartenance à des organisations armées », dont 13 membres d’une association de protection de la nature. Esra Işık, 26 ans, a écopé de deux ans et un mois de prison pour s’être opposée à l’expropriation de terres au profit d’une mine de charbon. Dans le nord-est du pays, des gendarmes ont embarqué deux enfants et une octogénaire qui défendaient leur eau contre une mine d’or, rapporte Human Rights Watch. Côté participation de la société civile au sommet, on repassera. | | |
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