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Dissoudre Égalité & Réconciliation ?
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Nous apprenions la semaine dernière que le ministère de l’intérieur avait engagé une procédure de dissolution d’Égalité & Réconciliation (E&R), trois ans après Civitas. On le sait peu mais les statuts de l’association d’Alain Soral se donnent officiellement pour objectif « de combattre le racisme ou d'assister les victimes de discrimination fondée sur leur origine nationale, ethnique, raciale ou religieuse ». Un cas aussi parfait de tromperie sur la marchandise est rare. Les services de la place Beauvau ont fait la démonstration méthodique que de nombreux propos tenus sur le site internet d’E&R incitaient à la violence contre les personnes précisément à raison de « leur origine nationale, ethnique, raciale ou religieuse ». Les commentaires d’utilisateurs qu’on y trouve en témoignent qui déshumanisent les Juifs, appellent à leur déportation ou même à leur élimination physique.
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Banderole déployée par des soraliens sur le Pont des Arts à Paris (capture d'écran X, 17/10/2026)
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Respectant en cela la jurisprudence du Conseil d'État, qui exige que les faits fondant une dissolution soient suffisamment récents, l’analyse du ministère de l’intérieur ne porte que sur des contenus remontant au maximum à 2023, faisant de fait l’impasse sur plus de quinze ans de propos potentiellement délictueux. Il suffit pourtant de se reporter aux textes « fondateurs » du soralisme, tous écrits entre 2006 et 2009 et qui en constituent la doctrine politique officielle, pour constater que le ver était dans le fruit depuis de longues années déjà. Le fascisme et le nazisme n’y sont critiqués que parce qu’ils ont échoué, jamais pour leur bilan criminel. Quant à la fameuse « réconciliation », elle s'entend contre un ennemi commun (suivez mon regard), ne concerne que les chrétiens et les musulmans, et implique que ces derniers se déclarent « contre l’immigration, le mondialisme et l’arabisation du pays » (sic).
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La République a bien raison de ne pas se laisser traiter comme un paillasson sur lequel le premier nostalgique d’Hitler venu peut venir s’essuyer les semelles. Mais que n’a-t-elle agi plus tôt ? E&R a été fondé en 2007. Alain Soral s’était déjà illustré, alors, par ses sorties antisémites. À la faveur de l'affaire Bardella, une grande partie de la presse hexagonale s'est mise à analyser son héritage idéologique. Aujourd'hui, Alain Soral est partout. Quatre français sur dix le connaissent et les moins de 35 ans sont deux fois plus nombreux que la moyenne nationale à se sentir proches de ses idées. Le mal est fait. Pour l’essentiel, E&R sera parvenu à réhabiliter une forme d'antisémitisme politique en France au début du XXIème siècle. Fallait-il vraiment deux décennies pour s’en apercevoir ? Et au cours de toutes ces années, a-t-on vraiment fait tout ce qu’il était possible de faire pour mettre Alain Soral et ses complices face à leurs responsabilités pénales ?
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Il existe des tendances illibérales au sein de la démocratie libérale, y compris de la part de ceux – c'est le grand paradoxe – qui se réclament de ses principes. Ils savent en effet que la démocratie a des ennemis. À la question : « que faire à l’égard de ceux qui se servent des libertés qu’elle garantit pour la subvertir et la détruire ? », notre tradition oscille entre deux pôles : le saint-justisme (« Pas de liberté pour les ennemis de la liberté » – phrase apocryphe) et le voltairisme (« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire » – tout aussi apocryphe). Ces deux positions présentent chacune un inconvénient dirimant : la première conduit inévitablement la démocratie à nier ses propres principes, ceux-là mêmes qui lui donnent toute sa valeur ; la seconde peut rapidement en venir à saper les conditions même de sa propre survie en offrant à ses ennemis les moyens de l’abattre.
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Une démocratie combative se doit de trouver un chemin intermédiaire. Il est impératif de laisser les ennemis de la démocratie s’exprimer librement. Il est tout aussi impératif – c’en est le corollaire – de les tenir pour responsables de leurs paroles et de leurs actes.
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En leur permettant de se présenter comme des martyrs, la prison leur fait le cadeau d'un argument là où des sanctions pécuniaires énergiques affaiblissent directement les moyens de leurs luttes. Réprimer la provocation à la haine, la diffamation, l'injure ou le cyberharcèlement signifie aussi s’assurer que ces délinquants s’acquittent effectivement des amendes auxquelles ils sont condamnés ainsi que des dommages et intérêts qu’ils sont censés verser aux parties civiles qui les poursuivent. Au-delà des prétoires, le combat peut prendre la forme de la réfutation loyale et argumentée sans céder pour autant à l’idée étrange selon laquelle la vérité sortirait automatiquement du débat sous sa forme spectacularisée, la moins propice à l'examen critique.
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La dissolution administrative n’est pas une baguette magique. Si elle limite provisoirement le pouvoir de nuisance de ceux qui enfreignent la loi, n’ayons pas la naïveté de croire qu’elle pourrait faire disparaître le problème. Dissous en 2023, Civitas est toujours actif sur Internet.
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La victoire de Glucksmann réveille des instincts... primaires
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La victoire de Raphaël Glucksmann à la primaire sociale-démocrate a déclenché une déferlante complotiste sur X.
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[PODCAST] La galaxie Soral
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Présenté par Noé Da Silva
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Dans le 115e numéro de Complorama, Rudy Reichstadt et Tristan Mendès France décryptent l’influence d’Alain Soral, ses liens historiques avec le Front national, ses réseaux numériques et ses relais dans la complosphère.
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[Document] Dissolution d'Égalité & Réconciliation : les motivations du ministère de l'intérieur
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Dans un courrier daté du 9 octobre 2026, Beauvau a informé Alain Soral qu'il envisageait de dissoudre les associations Égalité & Réconciliation (E&R), créée en 2007, et ERFM, créée en 2016. Cette lettre de 10 pages détaille les faits qui motivent cette démarche. Nous la reproduisons ici en intégralité.
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La citation de la semaine
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« Confinement électoral pour empêcher la campagne de se faire normalement. Mettre de l’huile sur le feu. Ne rien régler sur le fond. Préparer la suite : article 16 ? Annulation de l’élection ? Qui sera dupe ?! »
🗣️ Florian Philippot, à propos de l'allocution d'Emmanuel Macron
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Et aussi...
👮 Le 17-octobre des conspis
La mobilisation contre la vie chère n’a pas échappé aux récupérations complotistes. Dès le 3 octobre, le site Qactus assurait que les blocages lycéens avaient été « planifiés, financés, dirigés » par le pouvoir. Selon lui, le ministère de l’Intérieur enverrait des « Black blocs » infiltrer les cortèges pour provoquer des violences, discréditer les manifestants et permettre à Emmanuel Macron d’instaurer une « loi martiale ». George Soros et la franc-maçonnerie sont cités comme étant à la manoeuvre. Le 17 octobre, alors que des affrontements ont éclaté à Paris, le site accuse les « BlackBlock (Antifa) de Soros » d’en être responsables. Deux jours avant la mobilisation française de ce 17 octobre, Brivael Le Pogam posait cette question sur son compte X (plus de 205 000 abonnés) : « À qui ça profite ? » tout en y répondant dans son déroulé : « On laisse [le mouvement] s'étendre pendant un mois. Les artistes et les icônes médiatiques l'amplifient. Et il glisse doucement vers la casse et le chaos ». Les coupables sont alors tout désignés. Ce seraient « les globalistes, les vrais », à savoir « la famille Macron, Attal et compagnie ». Le 6 septembre 2026, Le Pogam est intervenu sur la chaîne YouTube Les Incorrectibles. Éric Morillot l'a présenté comme un « entrepreneur dans l’intelligence artificielle » qui se définit comme un « combattant de la liberté » et qui serait le « Français le plus retweeté par Elon Musk ! » Depuis les violences qui ont émaillé les cortèges, la complosphère a changé son récit. Ainsi, Béatrice Rosen s’étonne que les Black blocs ne soient pas arrêtés, Nicolas Dupont-Aignan accuse la Macronie de « laisser faire », Akim Omiri relaie une vidéo de policiers en civil présentés comme des casseurs. D'autres, comme le soralien Lucien Cerise, parlent de « chaos organisé » par « Mélenchon-Macron » tandis qu'Éric Verhaeghe passe de « Paris brûle » à « qui a livré Paris aux incendiaires ? ». De son coté, Richard Boutry a relativisé les violence et réclamé un procès des élites.
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⚖️ Brand en procès
Le procès de l’ancien humoriste et animateur britannique Russell Brand, devenu une figure influente de la sphère complotiste et antivaccination, s’est ouvert à Londres. Accusé de viols et d’agressions sexuelles par six femmes pour des faits présumés commis entre 1999 et 2009, il a été décrit par la procureure comme un « prédateur sexuel » au comportement « impitoyable, calculateur et manipulateur ». Aujourd'hui installé en Floride, Brand rassemble des millions d’abonnés autour de discours antisystème et de théories du complot. Il conteste l’ensemble des accusations et bénéficie de la présomption d’innocence (sources : Le Devoir, 13/10/2026 ; TV5 Monde Info, 14/10/2026 ; NBC News, 14/10/2026).
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🎙️ Conspicratie
Nommée porte-parole de la Maison-Blanche en début de semaine, Katie Zacharia a déjà quitté ses fonctions après que Donald Trump l’a publiquement invitée à « reconsidérer » son avenir à ce poste. Son unique et brève conférence de presse du 13 octobre a été suivie de révélations sur ses qualifications juridiques mensongères : elle s'était présentée comme avocate. Cette fervente républicaine avait diffusé de nombreuses théories complotistes sur les réseaux sociaux liées notamment au Pizzagate, à QAnon et à Michelle Obama. Cette nomination éclair illustre les controverses entourant le recrutement de figures de la sphère MAGA au sein de l’administration Trump (sources : CNN, 12/10/2026 ; Popular Information, 12/10/2026 ; Andrew Kaczynski/X, 12/10/2026 ; Le Monde, 14/10/2026 ; Le Monde, 16/10/2026 ; The New York Times, 15/10/2026).
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La notice de la semaine ▶️
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Russell Brand (1975 - ) est un humoriste et ancien animateur britannique qui s’est imposé comme influenceur complotiste depuis la pandémie de Covid-19. Connu pour son style provocateur et ses frasques très médiatisées lors de sa carrière dans le divertissement, le comédien s’est reconverti, dès 2020, dans la diffusion de théories conspirationnistes. Son procès pour viols vient de s'ouvrir à Londres.
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